Un grondement sourd à peine rythmé par les pas de Sandaly embrumait Coutras City. Celui-ci marchait, de plus en plus vite, gagné par l'excitation... Apercevant la photographie d'un palmier, il se prit à rêver à un voyage, un long et beau voyage... aux côtés de celle qu'il rejoignait. Sans comprendre, il fut face à la porte. Timidement, il frappa trois petits coups. Comme rien ne se passait, il allait insister lorsque la porte s'ouvrit sur Audrey. Elle était plus sensible que jamais, et gratifia Sandaly de ce sourire si magique dont elle avait le secret. - Entre, lui dit-elle. Arrivé au salon, Sandaly s'assit dans un fauteuil et soupira. Il ferma les yeux, et bailla. - Viens sur mes genoux, dit-il à Audrey. Je vais te raconter quelque chose. Celle-ci obtempera, et fit comme si elle ne se doutait de rien. Mais elle savait exactement ce qui allait se passer. D'ailleurs, elle ne fut pas sitôt près de lui qu'il la serra dans ses bras et se mit à l'embrasser fougueusement. Peu après, elle le regarda et lança: - Tu es tellement prévisible que tu en es touchant! - Ah oui? Fit Sandaly. Ça, c'est ce que tu crois. Car j'ai la preuve du contraire. - J'aimerais bien voir ça! - Viens, je vais te le dire en secret... dit-il. Mais Audrey, pas dupe, se jeta sur lui avant qu'il n'ait eu le temps de tenter quoi que ce soit, et l'embrassa à son tour. Une fois de plus, Sandaly prononça les trois mots magiques. - Je t'aime. Mais cette fois-ci, cela sonnait autrement. C'était plus beau. C'était plus fort. - Cela fait déjà deux mois... deux mois que nous nous sommes vus... deux mois que la foudre m'a frappé... et je n'ai jamais aimé une femme autant que toi. Car les autres étaient des femmes ordinaires. - Il en est de même pour moi, mon chéri, déclara Audrey. Personne ne pourra remplacer ton si tendre sourire. Tu es unique, grâce à plein de petites choses. Personne n'a ta démarche, Personne n'a tes cheveux. Personne n'imite aussi bien que toi le cri du dauphin. Personne ne connait l'histoire de Coutras City aussi bien que toi. Personne à part toi ne m'a jamais dit que j'étais gentille. Bref, personne à part toi ne mérite d'être dans mon coeur. - Ma puce... Audrey... Mais il ne put continuer. Une fois de plus, leurs lèvres se rejoignirent. Ils déliraient presque tant la fièvre les gagnait... ils étaient en haut d'un chêne, en train de aimer à l'air libre. Près d'eux, Chris Brown chantait ''With You'' en les regardant. Comme frappé d'un coup de foudre, Sandaly fasciné eut à peine le temps d'apercevoir, dans un éclair, comme dans une toile de Monnet, Audrey réincarnée en sirène... Ecume bouclée, vagues ébouriffées, ciel baigné de nuages qui font cligner la lune, commissures nacrées de lèvres de coquillages, le sourire émaillé de corail blanc, la voix lactée et les seins nus étoilés de mer... tout disparut lorsque Sandaly rouvrit les yeux. - Marions-nous... - Pourquoi n'est-ce pas déjà fait? Ils rirent. Ils étaient heureux. Toute la nuit, ils restèrent enlacés, à parler, ou à s'embrasser. - Je t'ai déjà parlé de Kelvin? Demanda Sandaly. - Non. - Il m'a dit un jour que je ne pourrais jamais séduire qui que ce soit, même une folle. - Il ne faut pas écouter ce genre d'idioties... comment pouvait-il te dire ça, à toi, qui es si... beau! - Tu ne le connais pas. Sa bêtise dépasse l'entendement. - Je veux bien te croire! Puis ils se promirent de s'aimer éternellement, et l'éternité commença pour eux

